Aurora / Boréal 2015 : Jardin de chair de Frédéric RaymondJardin de chair by Frédéric Raymond
Published by Les Six Brumes on October 14th, 2014
Genres: Horror
Format: eBook
Source: Purchase
Rating: three-stars

Le mot s’imposait à l’esprit de Christabel, qui tentait en vain de le chasser. Sa mère le lui avait répété des centaines de fois : elle était née prédatrice et elle devait agir comme telle.

Pourtant, Christabel ne se sentait pas prédatrice. Au contraire, elle avait plutôt l’impression de s’en aller à l’abattoir.

On a tous un jardin secret… et ça fait parfois du bien de le saccager.
Le jardin de Christabel respire la mort.
Chaque joie y est engraissée par des cadavres.
La vie s’y enracine dans la solitude.
Comment fuir le spectre des remords?

Jardin de chair est un roman d’horreur psychologique de Frédéric Raymond dans lequel on suit les tourments de Christabel, une jeune femme de Québec, qui cherche à échapper à son patrimoine génétique. Pleine de bonnes intentions, cannibale malgré elle, réussira-t-elle à vaincre sa nature profonde?

Jardin de chair révèle toute la limite du système des notes : la qualité d’un roman ne peut jamais se réduire à un chiffre, mais dans le cas du récit d’épouvante de Frédéric Raymond, la tentative est parfaitement futile. Vous pouvez adorer ou détester Jardin de chair. Ou les deux à la fois, si vous êtes comme moi.

L’intrigue de Jardin de chair commence à Charlesbourg, où la jeune Christabel s’adonne contre son gré à la chasse humaine. C’est une nécessité biologique au sujet de laquelle Clara, sa mère, n’a jamais cessé d’insister, et pour cause : le père de Christabel, ayant refusé de s’alimenter en chair humaine, a fini par succomber à cette sinistre carence. Il n’y a pas de place pour les remords selon Clara, et d’ailleurs cette dernière – qui ne souffre pas de cette « maladie » – n’a aucun scrupule à piéger, abattre, et cuisiner « la  viande » aux petits oignons pour assurer le bien-être de sa fille.
Pour Christabel, ce besoin morbide est une torture quotidienne. Jardin de chair ne dresse pas le portrait du typique monstre cannibale, mais plutôt d’une jeune femme en proie à des pulsions qui vont non seulement contre les mœurs et les lois de la société, mais également contre sa morale intérieure. Comme le résume bien Christabel elle-même :

C’est juste une pauvre fille qui souffre toute seule.

C’est là l’aspect que j’ai le plus aimé dans Jardin de chair : cette lutte désespérée pour obtenir ne serait-ce que les bribes d’une existence ordinaire. Un compagnon, des amis… Comment est-ce possible quand on est intrinsèquement différent et que la compassion d’autrui est inenvisageable ? Aussi, ce conflit insoluble en Christabel : son besoin de chair humaine est un fardeau. Christabel a les besoins d’une prédatrice sans en être une, dans son cœur. Elle ne parvient pas à trouver la paix avec ce qu’elle est. Sans cesse, le cannibalisme lui rappelle qu’elle ne peut espérer une vie normale.

Christabel caressa la chevelure de [sa victime]. Pendant un instant, elle regretta de ne pas avoir approfondi sa relation avec lui. Il était beau. Il était gentil. Peut-être aurait-elle pu combler sa solitude, mais maintenant il était trop tard.

Malheureusement, même si la lutte de Christabel entre ses besoins physiologiques et sa morale sont passionnante, Jardin de chair peut être une lecture difficile, voire franchement douloureuse : c’est un roman d’épouvante qui inspirera moins la peur que le dégoût à travers ses scènes parfois très, très gore. Jardin de chair ose tout : du dépeçage détaillé des victimes aux scènes sanglantes, épouvantables, liées à la grossesse de Christabel. Je pense que l’avis du lecteur au sujet de Jardin de chair dépendra de son goût pour les scènes sanglantes : les amateurs seront comblés ; en ce qui me concerne, c’était un peu trop violent pour ma sensibilité, et m’a rendue la lecture du livre un peu ardue.

Des passants, elle ne voyait que le sang, le sang qui l’aveuglait, qui pointait constamment ses blessures (…) Elle en sentait presque l’odeur et percevait son arrière-goût au fond de sa gorge.

Jardin de chair propose une intrigue fascinante et un personnage (ironiquement) attachant. Si le cannibalisme n’est pas exactement répandu, souffrir de besoins qu’on réprouve (un peu comme dans le cas des addictions) ou d’une maladie qui contrecarrent nos espoirs et ambitions, ou tout simplement se sentir mal dans son corps, sont des sentiments quasi universels. La révolte de Christabel contre son éducation est également un thème dans lequel le lecteur pourra facilement se retrouver.
Au delà de ça, Jardin de chair est résolument un roman d’épouvante, gore et audacieux, difficile à recommander aux âmes sensibles. A l’inverse, les amateurs d’effusion d’hémoglobine et de scènes d’horreur crues y trouveront leur bonheur!
A vous de voir si vous oserez cette lecture !

 

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