Confessions d’un extraterrestre de Jacques BenoitConfession d'un extraterrestre by Jacques Benoit
Published by Boréal on March 3rd, 2014
Genres: Science-Fiction
Pages: 108
Format: Paperback
Source: Ottawa Library
Rating: one-star

À titre d’écrivain (et de journaliste), ma notoriété est pour ainsi dire inexistante, néanmoins j’ai eu la chance, ou la malchance, c’est selon, d’être « cloné » par… un extraterrestre, s’il faut du moins prêter foi au récit qui suit. Récit qui m’est parvenu, comme dans le bon vieux temps, en version papier, par la poste, sous la signature de mon soi-disant clone, Jacques Yaké Benoit...

En bref, et comme vous le lirez, ce personnage venu de la supposée planète Xinak, par un moyen propre à sa nature – la « précamption », écrit-il –, se serait transformé, à ses dires, en une copie conforme de moi-même. Pour plus de détails, vous n’avez qu’à lire le livre, si vous en avez le courage.

D’accord, les premières pages de Confessions d’un extraterrestre m’ont fait sourire. Jacques Benoit se fait l’intermédiaire de son propre clone en publiant son manuscrit car l’improbable individu est un extraterrestre en cavale issu de la planète Xinak. Il est soucieux de garder l’anonymat, si bien gardé par son impénétrable pseudonyme Jacques Yaké Benoit. Le roman est le récit de son arrivée sur Terre et de sa bizarre aventure pour sauver notre planète.

Le début est plutôt cocasse: notre extraterrestre – appelons-le Yaké – décide d’immigrer une bonne foi pour toute sur la Terre des années 50, atterrit au Québéc dans la nuit, terrorise un couple en plein ébat dans la forêt, puis prend la forme – par la « précamption » – d’un adolescent qui se trouve être Jacques Benoit. Il s’échappe ensuite à Montréal afin d’y commencer sa nouvelle vie.

Malheureusement, le burlesque disparaît rapidement et l’agacement pointe son nez. Premièrement, Yaké s’exprime d’une manière maladroite et hésitante, en contradiction avec l’intelligence qu’on attend d’un explorateur galactique. Le discours de Yaké est ponctué de « Comment dire ? », de parenthèses à toutes les pages pour préciser sa pensée et de déclarations aussi épiques que « Quand même, je n’étais pas bête ». En outre, le récit de Yaké zigzague dans le temps de manière chaotique : « Revenons en arrière un moment, à l’époque où… » ou « On verra plus loin ce qui arriva ». Bref, la lecture des Confession d’un extraterrestre aurait été plus agréable si son auteur, clone ou pas, avait eu une plume plus assurée et opté pour une narration plus fluide.

Le second problème vient de l’univers de Yaké : sa planète souffre de toutes les tares ! La nourriture consiste en une pâté insipide, les couleurs n’y existent pas, l’art non plus, on n’y exprime pas ses sentiments (quand on en a), les libertés sont limitées… A se demander comment les Xinakiens sont sortis de leur dépression congénitales pour produire l’aérospatiale permettant à Yaké de visiter le cosmos. Ayant grandi sur cette pathétique Xinak, on pourrait penser que Yaké est submergé par les stimuli de la vie terrienne, mais bien au contraire, il décide de s’y plonger comme dans un canapé trop mou et d’enfiler totalement au hasard l’aspect d’un jeune garçon par « précamption » : un genre de transfiguration qui permet à un Xinakien de se métamorphoser de manière permanente en une tierce personne. Apparemment, tous les Xinakiens possèdent ce don, quoiqu’inusité car jugé d’une extrême indélicatesse, l’évolution fonctionnant probablement à l’envers sur Xinak et favorisant ainsi l’inutile.

Quoiqu’il en soit, l’histoire se poursuit, Yaké rencontrant une jeune femme dont la « taille fine, les fesses rondes et de proportions idéales » justifieront seuls un amour passionné. Ce qui m’amène à mon dernier point : je n’ai pas aimé la façon de Yaké de parler des gens. Sa belle est « une Indienne – de l’Inde, et non pas une Amérindienne –, ainsi que le prouvaient la teinte très foncée de sa peau et la beauté de ses traits. » (pardon ?!), il fait face à un « agresseur, l’air stupide, chauve (…), un tout petit homme, quasi un nain », ou simplement « un Noir gigantesque » qualifié de « bizarre » pour l’avoir salué d’un train et lui avoir offert une orange. C’est tellement caricatural. Même pour un extraterrestre.

Pour conclure, je n’ai pas été passionné par les Confessions d’un extraterrestre. Le roman épouse un style un peu daté et n’a rien d’original ou de spectaculaire. Yaké semble plutôt maladroit, lâche et égaré pour un explorateur galactique. En fait, il est carrément cloche. En outre les personnages sont un peu cliché et la planète Xinak est navrante, probablement oubliée au fond d’un tiroir cosmique par le Créateur. Le récit est truffé de rebondissements rocambolesques, mais je suis restée de glace devant les terrifiantes péripéties de Yaké… comme l’obligation d’écrire un rapport de cent pages pour l’administration Xanikienne. Evidemment, rien n’interdit les récits d’explorateurs au comportement irrationnel issus de planètes toute pourries, mais comme Yaké le déclare plusieurs fois dans ses confessions: « c’est un épisode de ma vie que je préfèrerais oublier ».