Aurora / Boréal 2015 : Escalana d’Ariane GélinasEscalana by Ariane Gélinas
Series: Les Villages Assoupis #3
Published by Marchand de feuilles on May 2014
Genres: Horror, Supernatural
Format: Paperback
Source: Ottawa Library
Rating: four-stars

Musicienne et collectionneuse de sonorités insolites, Abigail s’est exilée en Haute-Mauricie pour oublier un passé cruel. Lorsqu’un bruit singulier attire son attention près du village fantôme d’Escalana, elle décide de capturer cette vibration qui semble l’interpeller du fond des âges. Elle découvre alors une mine abandonnée au sud du Réservoir Gouin, à proximité de laquelle surviennent des événements inquiétants. Des enfants disparaissent dans les galeries, l’amnésie dévore les souvenirs, certaines personnes cessent de vieillir... Que recèlent réellement les souterrains d’Aven ? Et surtout, qu’est-ce qui a trouvé refuge dans les méandres obscurs de la mine ?

La trilogie thématique des Villages Assoupis continue avec Escanala et nous mène à la rencontre d’un nouveau personnage : Abigail, musicienne et collectionneuse d’enregistrements sonores, poursuivies par les souvenirs d’une relation amoureuse traumatisante et en fuite de sa propre vie. Elle échoue près du village abandonné d’Escalana où une force, matérialisée par une voix souterraine, l’attire malgré elle dans des mines désaffectées, profondes et insalubres, et semble y prendre contrôle de sa volonté.

“Un pan de réalité s’est dérobé depuis mon dernier souvenir.”

Dans la série des Villages Assoupis, Escalana constitue un apogée : la violence – très fréquente – est poussée jusqu’au gore franc. Le sexe et le désir, pervertis et éminemment brutaux, sont omniprésents. Le délire du protagoniste y est poussé à l’extrême, si bien que l’ambiguité entre de possibles hallucinations du personnage et le fantastique, typique des deux précédents opus,  disparaît un peu à mon grand regret. Par moments, il semble certain qu’Escalana n’est finalement qu’une “histoire de monstre”… mais après réflexion, le doute persiste.

“Le hurleur ou le gueulard. C’est comme ça que les bûcherons de la région l’appelaient quand ils l’entendaient crier au fond des cavernes. (…) Ceux qui l’ont entendu disent que sa voix est unique, à glacer l’échine. Ils racontent qu’elle vient des tréfonds de l’enfer et que celui a été appelé peut faire son testament immédiatement.”

En fin de compte, Abigail souffre de symptômes similaires à ceux d’Anissa dans Transtaïga : sa perception de la réalité est largement sujette à caution. Près d’Escalana, elle rencontre un nonagénaire condamné par le hurleur à revêtir éternellement l’apparence d’un adolescent, ainsi qu’une veuve enceinte de plusieurs années, refusant d’accoucher de crainte que l’enfant ne soit pas prêt. Ces deux personnages, hautement irréalistes, pourraient-ils être le simple fruit du délire d’Abigail ? En particulier, pourraient-ils être une représentation des souvenirs traumatiques d’Abigail dont se nourrit le gueulard ?

“Nos destins sont liés, Abigail, comme le maître et l’orchestre. Tu devras me rejoindre si tu veux faire taire ma voix.”

Escalana achève ainsi avec éclat la trilogie des Villages Assoupis. Dans ce dernier roman d’une ambiance surnaturelle, l’épouvante est au première loge : Ariane Gélinas y aborde sans pudeur des sujets aussi dérangeants que le viol, le sadisme sexuel, ou le cannibalisme. Une lecture d’une violence un peu trop extrême pour moi mais qui reste incontournable pour les amateurs des deux premiers volets des Villages Assoupis !

 

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