L’île aux naufrages d’Ariane GélinasL'île aux naufrages by Ariane Gélinas
Series: Les villages assoupis #2
Published by Marchand de feuilles on April 22nd, 2012
Genres: Horror, Supernatural
Pages: 172
Format: Paperback
Source: Ottawa Library
Rating: five-stars

Dans son manoir de l’île d’Anticosti, le comte Florian Moret se languit de rencontrer une femme de la trempe de son épouse décédée. Son souhait semble sur le point de se réaliser lorsqu’il rencontre une jeune femme au visage pâle. Esthète à la Huysmans, version forêt boréale, le comte rêve dès lors de la convier à une somptueuse soirée, de lui faire visiter son immense salle aux trophées. Mais que se passe-t-il dans cette fameuse baie qui a la forme d’un crochet à boucher ? La forêt qui la borde semble être habitée d’enfants sanguinaires. Qui survivra à l’étrange maladie qui se répand sur cette île où les bateaux ont tant de fois fait naufrage ? Un détour par le village fantôme de l’Anse-aux-Fraises, où poussent des plantes médicinales, semble inévitable. Mais est-ce que ces remèdes seront suffisants pour empêcher Florian Moret de succomber au mal ?

Il était une fois dans l’univers glauque et morbide de L’île aux naufrages, un héritier infréquentable qui – avec l’approbation de son père empaillé à la cave – vola au secours d’une Belle exsangue et étonnamment réceptive, séquestrée par sa mère vaguement sorcière et très hirsute, dans les fins fonds de l’île d’Anticosti où des gamins faméliques et sauvages apparaissent de nulle part, des chaînes au bout des bras.
Quoi de plus normal ? Nous sommes dans le second volet des Villages Assoupis d’Ariane Gélinas.

L’île aux naufrages n’est pas une suite pour Transtaïga, mais une variation sur le même thème. Tout comme Anissa, Florian est fier héritier d’un village mystérieux et déserté, fondé par une personnalité que vous n’auriez probablement pas envie d’inviter à déjeuner. Comme Anissa, il désire se montrer à la hauteur de sa lignée, a de grandes ambitions pour le futur et une morale pour le moins discutable. Néanmoins, le protagoniste de L’île aux naufrages a un parcours très différent. Alors qu’on pouvait accuser (excuser ?) Anissa d’être une urgence psychiatrique en cavale à la lisière de la civilisation, Florian, lui, a grandi au sein d’une famille où le meurtre et la cruauté sont une affaire de principes. Il aurait lui-même vainement essayé de fuir le village familiale avant de promettre à son père, un homme brutalement convaincant, d’assurer la continuité de la dynastie des Moret. Ainsi, c’est un psychopathe de formation que nous trouvons dans Florian : le mal qu’il fait est par méconnaissance de la plus élémentaire morale et une absence remarquable d’intuition dans ce domaine. Autrement, il semble plutôt hésitant, lâche et dépendant de son sinistre « intendant » Lorédan. Aussi, il se sent seul : croyez-le ou non, cet horrifiant prince héritier cherche l’amour.

C’est ainsi qu’on plonge dans un lugubre conte de fée : Florian rappelle Barbe-Bleue avec sa collection d’épouses empaillées. La belle Célénie, séquestrée à l’étage d’une maison isolée évoque Raiponce enfermée dans sa tour. La mère de cette dernière est le portrait parfait d’une sorcière et d’ailleurs, elle semble épouvanter deux gamins sauvages qui, seuls et terrorisés, ramènent le périple d’Hansel et Gretel à l’esprit. Mais attention : dans L’île aux naufrage, personne n’est vraiment ce qu’il paraît. C’est toujours pire, d’une manière ou d’une autre : plus noire, plus frappant, plus cruel.

Après l’excellent Transtaïga, Ariane Gélinas nous offre un nouveau roman tout aussi révoltant et fascinant. On y retrouve le style si original et particulier de l’auteur tout en découvrant un monde nouveau, un peu plus peuplé, aux saveurs de conte de fée qui aurait vraiment mal tourné. A lire absolument !