Critique: La Chambre verte de Martine DesjardinsLa Chambre Verte by Martine Desjardins
Published by Alto on March 21st, 2016
Genres: Fiction
Format: Paperback
Source: Purchase
Rating: five-stars

Toute maison a ses secrets, mais aucune ne les protège plus jalousement que l’auguste demeure de la famille Delorme. Avec ses soixante-sept serrures et sa chambre forte où gisent les restes momifiés d’une femme serrant une brique entre ses dents, cette véritable banque privée a toujours tenu à l’abri des regards indiscrets son lot de biens mal acquis, de vices cachés, de rites cruels et de substances illicites. Jusqu’au jour où elle ouvre sa porte à Penny Sterling, une jeune intrigante dont les ressources n’ont d’égal que la curiosité... Saga familiale joyeusement gothique où les vieilles filles se soûlent à l’extrait de vanille, les orphelins cherchent à venger leur héritage volé et les maisons assouvissent leurs pulsions meurtrières, La chambre verte illustre, avec un humour vif et caustique, la fatalité des fortunes bourgeoises : la première génération amasse le capital, la deuxième le fait fructifier, tandis que la troisième dilapide le patrimoine jusqu’au dernier sou.

Il aura les yeux du même vert que les billets de banque.

La Chambre Verte est avant tout une petite merveille, de celles qui viennent égayer votre journée au moment où vous en avez le plus besoin, de cette manière qu’ont les livres—un peu comme les chats—de vous trouver plutôt que l’inverse. Ce roman de Martine Desjardins, décoré du Prix Jacques-Brossard en 2017, est une sorte de conte moderne et noir, narré par une maison désabusée, au faste contrefait, dont les occupants ont élevé la pingrerie au rang d’or… pardon, d’art.

Les Delorme forment une famille de parvenus de seconde génération. Les parents, riches propriétaires immobiliers à l’avarice sordide, pratiquent une version premier-degré du culte de l’argent. Leur dernière lubie est de marier avantageusement leur fils unique malgré son indifférence absolue pour la question. À cet effet sont commissionnées les « brebis égarées », trois vieilles filles réduites en esclavage par leur belle-sœur Delorme, et aux noms tellement disgracieux qu’on omettra de les transcrire ici. Les trois femmes ont en commun de présenter une inaptitude monumentale et donc hilarante pour les tâches (saugrenues) qui leur sont confiées.

Quoiqu’il en soit, l’histoire commence par une saisie d’huissier et la découverte du cadavre d’une femme en « robe à pois blanc sur fond bleu en jersey de soie », racontée d’une voix passablement blasée par la demeure familiale douée de conscience, laquelle s’apprête à vider son sac, littéralement, de la cave au grenier.

Il est difficile d’exagérer les qualités de ce récit surprenant, à la fois drôle et sinistre. Le soin apporté à chaque personnage les rend uniques et vivants, et pour certains, on pourrait même dire attachants. La révélation progressive de l’histoire familiale donne, au delà de la chaire de poule, une vraie profondeur à l’univers de La Chambre Verte. Enfin, la plume de Martine Desjardins est remarquable : fluide et musicale, c’est un vrai régal en soi.

Ce petit livre est un vrai bonheur à ne pas manquer !