Critique : Le Cadavre de Kowalski de Vincent BraultLe Cadavre de Kowalski by Vincent Brault
Published by Héliotrope on March 9th, 2015
Genres: Horror
Pages: 129
Format: Paperback
Source: Ottawa Library
Rating: four-stars

Le repos éternel est une vaine chimère pour le cadavre de Kowalski.

Et pour la conscience qui l’habite toujours, c’est encore plus vrai. Une petite fille disparaît. Un cadavre sort de terre. Et Kowalski est le dernier à s’en étonner.

Porté par une écriture solide, un premier roman profondément singulier.

Après l’agréable surprise que fut La Chair de Clémentine de Vincent Brault, j’ai voulu lire un second ouvrage du même auteur et j’ai trouvé Le Cadavre de Kowalski, publié deux ans plus tôt. Ce court roman met en scène Wiktor Kowalski, mort et enterré, bien que sans cérémonie puisque c’est la terre qui a avalé sa dépouille à l’abri des regards.
L’originalité du personnage, c’est tout simplement qu’il ait encore un mot à dire sur son état :« Je m’appelle Wiktor Kowalski et je suis mort le 7 février 1941. C’était pendant la guerre. Mais je n’y étais pas, à la guerre. »

S’en suit l’exploration « du corps » dont la conscience semble étonnamment détachée, comme si ces deux-là n’avaient rien à voir : « le corps ne se décomposait même pas. Ou si peu. J’ai tâté les épaules, le ventre, les cuisses, le visage. La peau du nez s’effritait légèrement. Le reste avait l’air en assez bonne condition. ».
Commence également le retour à la surface–du moins en tentative–via un tunnel creusé avec « les phalanges craquées, les muscles de plus en plus secs et les côtés fêlées ». Les images font frémir, mais le ton est léger, et l’ouvrage souvent comique, comme lorsque Kowalski se plaint d’avoir « envie de faire du tai-chi », alors que « le corps » se trouve écrasé encore une fois sous un éboulement.

En parallèle vient s’ajouter un autre personnage, Myriam, une infirmière bien vivante et dont la nièce a disparue. Myriam ne semble pas autrement perturbé par le concept de mort vivant–elle est même plutôt aux petits soins–malgré quelques maladresses regrettables comme lorsqu’elle « serre la main du cadavre jusqu’à ce que—crac—elle casse un doigt sans le faire exprès ».

Toute l’histoire est insolite et décalée. Le ton est décontracté, l’étrangeté totalement assumée. Le protagoniste est étonnamment attachant pour un cadavre en décomposition, et son histoire ne cesse de susciter les interrogations: est-il vraiment mort ? A-t-il tué la nièce de Myriam ? Que fait-il là ? Quelle est la relation entre Kowalski et Myriam ?

Le cadavre de Kowalski est un roman rafraichissant qui ne ressemble à aucun autre. C’est un récit complètement bizarre, qui jongle avec l’horreur et la comédie dans un mélange tout à fait unique. Une autre lecture fortement recommandée pour les lecteurs avides d’originalité !