Critique : Malek et Moi, d’Alain BeaulieuMalek et Moi by Alain Beaulieu
Published by Druide on January 31st, 2018
Genres: Fiction
Pages: 224
Format: Paperback
Source: Ottawa Library
Rating: two-half-stars

Ce que vous lirez dans les pages de ce livre est le résultat d’une rencontre insolite. Celle d’une jeune femme, Nadine Pilon, et de l’auteur, à qui elle racontera la suite des évènements qui sont venus bouleverser sa vie. Cela nous vaut un roman surprenant, aux voix entrecroisées, une autofiction dans laquelle l’auteur jongle avec le réel pour rendre compte de la vie peu banale de cette femme à qui on n’avait jamais dit qu’on peut mourir deux fois. Cette improbable collaboration nous invite, en filigrane, à préciser le regard que nous posons sur l’essentiel : l’amour, la famille, la mort et la maladie, notre rapport aux autres et ce que nous leur léguerons avant de nous éclipser pour de bon.

Dans Malek et Moi, l’auteur Alain Beaulieu se met en scène comme le biographe impromptu d’une certaine Nadine Pilon, qui lui en aurait fait la requête par e-mail et dont le parcours extraordinaire risque d’être coupé court par la maladie. L’ouvrage entretient une ambiguïté constante sur les faits relatés : est-ce une fiction ou véritablement « le résultat d’une rencontre insolite » ? Bienvenue dans le monde de l’autofiction !

Le roman se divise de manière très tranchée entre la biographie de Nadine et les commentaires de l’auteur.
D’un côté, l’auteur nous raconte l’histoire rocambolesque d’une jeune femme victime d’un coup de foudre, qui se rend rapidement compte que son nouvel amant verse dans des magouilles mafieuses. Qu’à cela ne tienne : elle s’accroche au péril de sa vie. Pour être honnête, j’ai trouvé l’intrigue peu palpitante et complètement invraisemblable, brisant l’illusion de réalité qu’Alain Beaulieu travaille tant à installer.

De l’autre côté, chaque chapitre s’achève sur les commentaires de l’auteur, qui s’imagine dans son rôle d’écrivain face au difficile projet de Nadine, celle-ci lui faisant un récit décousu et difficile à transcrire. L’attitude du biographe évolue au fil des chapitres et celui-ci offre quelques réflexions intéressantes sur des sujets tels que le rôle de l’auteur et de l’écriture, ou sur l’existence en général.

Il m’arrivait de me dire à quoi bon? Parfois, j’aurais préféré construire des maisons, ou labourer des champs, puis je me rabattais sur les mots avec une détermination renouvelée, construisant des maisons et labourant des champs une phrase à la suite de l’autre, bercé par l’illusion que tout cela n’était pas vain et qu’il en allait de la littérature comme de l’univers tout entier, où un battement d’ailes provoque la tempête, où rien n’arrive pour rien même s’il est parfois difficile de trouver un sens à cette grande mascarade.

Malheureusement, les deux aspects du roman se mêlent aussi bien que l’huile et l’eau. Les deux voix sont si distinctes que le passage de l’une à l’autre tend à couper l’élan de la narration. Les notes de l’auteur apparaissent surtout comme des interférence dans la lecture, comme si l’auteur ne pouvait s’empêcher de parler de lui-même, bien qu’il s’en décrie constamment.

Le paradoxe de Malek et Moi, c’est que malgré tous ces efforts—parfois même irritants—pour créer une illusion de réel, l’ouvrage serait encore plus déplaisant s’il s’agissait d’une réelle biographie : le narrateur nous rabat les oreilles avec ses états d’âme, s’incrustant continuellement dans le récit de Nadine, dont l’extravagance laisserait probablement le lecteur incrédule, à défaut d’être diverti.

Bref. Malek et Moi ne m’a pas terriblement convaincu. Ca m’a chagriné car j’avais beaucoup aimé Le Festin de Salomé, du même auteur, un roman étrange et original que je préfère vous recommander à la place !

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