Critique : Peter Pan de Simon RousseauPeter Pan by Simon Rousseau
Published by AdA on September 8th, 2017
Genres: Horror
Pages: 232
Format: Paperback
Source: Ottawa Library
Rating: three-half-stars

Une vague de drogués se jetant du haut d’immeubles, croyant pouvoir voler.

La disparition d’une jeune femme, Wendy Gauthier, et de ses deux frères délinquants, évadés de leur pénitencier pour mineurs.

Une île perdue dans la forêt boréale, habitée par une communauté déjantée et leur leader sans âge.

Une baronne du crime nymphomane et amoureuse des bijoux en forme de clochettes.

Un enquêteur médisant dépourvu de sa main droite, dévorée par un cannibale qui hante encore ses nuits.

La ré-écriture des contes classiques pour enfants dans une veine noire et violente est à la mode depuis quelques années. Le Peter Pan de Simon Rousseau s’inscrit dans cette veine et n’hésite pas à lever les enchères. Âmes sensibles s’abstenir : le roman plonge dans tous les vices et toutes les formes de violence imaginables, embrassant sans aucune retenue les thèmes de la pédophilie, la torture d’enfants, le cannibalisme, le viol et autres formes d’agressions sexuelles, la drogue, et j’en passe.

Au-delà de l’effusion d’horreur, le roman ne manque pas d’originalité. Premièrement, le conte populaire est transformé en roman policier, dans lequel le Capitaine Crochet (Hook) incarne un enquêteur bourru, à la retraite, embauché par une ancienne connaissance dont les trois enfants se sont volatilisés simultanément. La transcription du conte de Barrie dans un univers réaliste et contemporain est plutôt réussi.
Deuxièmement, les rôles du Capitaine Crochet (Hook, dans le roman) et de Peter Pan sont inversés, tout en préservant les grandes lignes de leur personnalité : bien que Hook conserve son allure antipathique et une attitude mauvais-garçon, il tient le bon rôle, alors que la jovialité de Pan est présenté comme la façade trompeuse et envoutante d’un psychopathe. Une excellente idée.

Cette ré-écriture de Peter Pan se lie très vite et facilement—pour peu que l’on supporte les scènes très perturbantes qu’elle contient. L’enquête est prenante, même si l’on peut reprocher au récit de fabriquer de l’horreur facile avec des éléments franchement répugnants ou choquants. Peter Pan n’est pas subtile : tout est au premier degré. Cela peut plaire ou laisser sur sa faim. Je n’aurais pas été contre un peu plus de suspense, à la manière des thrillers psychologiques.

Peter Pan de Simon Rousseau reste une lecture intéressante et plutôt unique dans l’univers de l’horreur québécoise. Le concept est original, l’écriture est efficace et l’horreur est—bien qu’excessive et un peu tape-à-l’oeil—complètement efficace. Je serais curieuse de voir comment Simon Rousseau se développe dans son genre littéraire en temps qu’auteur et de lire ses romans futurs.