Aurora / Boréal 2015 : Hôtel Olympia d’Élisabeth VonarburgHôtel Olympia by Élisabeth Vonarburg
Published by Alire on April 3rd, 2014
Genres: Fantasy
Format: Paperback
Source: Ottawa Library
Rating: four-half-stars

De ses années d’enfance vécues à l’hôtel Olympia, Danika n’a aucun souvenir sinon ceux de ses rêves, dont elle ne sait départager la réalité de la fantasmagorie. Ces tantes, ce grand-père, tous les personnages qui peuplaient l’hôtel ont-ils réellement existé ? Quant aux années de pensionnat qui ont suivi, Danika en garde un goût amer en raison des trop rares visites de son père, Stavros, et de l’absence totale de sa mère, Olympia.
Quarante ans plus tard, à Montréal, Stavros resurgit dans la vie de Danika pour lui apprendre qu’Olympia a disparu et qu’elle doit reprendre la direction de l’hôtel. Ulcérée par cette situation absurde – elle n’a rien à faire de cette histoire –, Danika retourne à l’hôtel Olympia avec la ferme intention de renoncer à cette charge. Or, dès son arrivée, Danika réalise que de puissantes forces sont à l’oeuvre.
Tout en renouant avec les membres de sa famille – non seulement ils existent, mais ils n’ont pas vieilli d’un iota! –, Danika découvre que ses rêves les plus surréalistes sont tout aussi réels : le jardin extérieur se transforme parfois en « autre chose », et elle peut littéralement « entrer » dans les tableaux qui ornent les couloirs de l’hôtel… cet Hôtel qui rêve, lui aussi !

Ne vous laissez pas effrayer par Hôtel Olympia : ses quelques 590 pages se dévorent comme le plus palpitant des thrillers et sont bien peu de choses par rapport à l’immensité du monde dans lequel nous plonge Élisabeth Vonarburg. Ce roman qui débute comme une simple affaire de succession se transforme progressivement en l’exploration d’un univers fantastique un peu effrayant, bercé d’Histoire et de mythologie. Hôtel Olympia est un ouvrage stupéfiant qui sait prendre son lecteur par surprise !

Après une introduction un peu lente et assez peu spectaculaire – si l’on met de côté la chute regrettable d’un piano à queue du haut d’un immeuble – le roman glisse très progressivement dans le fantastique lorsque son personnage principal, Danika, arrive à l’hôtel Olympia dont elle est héritière, situé à Sceaux, en France. C’est cette transition presque furtive vers le fantastique qui en premier capture le lecteur (et Danika !). D’un côté l’hôtel semble figé dans le temps : par exemple, Danika retrouve sa chambre telle qu’elle l’a quittée il y a quarante ans ; les employés et membres de sa famille ne semblent pas affectés par les années. De l’autre, l’immeuble semble être en constante mutation : la décoration change d’heures en heures et la structure de l’hôtel semble s’altérer de telle manière que certains employés se perdent dans ses couloirs.
Danika (et le lecteur à sa suite) s’efforce de trouver des explications rationnelles à tout : le personnel de l’hôtel a reconstitué sa chambre pour l’amadouer, permute les tableaux des différents étages pour varier la décoration… Ou bien elle a fait un rêve. Ou encore – son argument préféré – ses souvenirs d’enfance ne sont pas fiables : les membres de sa famille devaient être beaucoup moins vieux dans la réalité que dans ses souvenirs, et ainsi de suite… Ce jeu entre la raison et les phénomènes inexplicables entretient une curiosité et un suspens qui ne lâchent plus le lecteur.

Lorsque la dimension « magique » du roman se dévoile enfin, le lecteur découvre un univers immense, complet avec sa propre cosmogonie, et dont l’évolution se reflète dans l’Histoire humaine, en particulier dans la mythologie gréco-romaine. C’est comme si les créatures mythiques de l’Histoire avaient évolué en marge de l’humanité jusqu’à nos jours et pris vie dans ce livre. Les allusions sont souvent subtiles, ce qui a le double avantage de ne pas submerger les lecteurs qui ne seraient pas friands de références historiques, et de faire sourire les amateurs qui reconnaîtront, avec un peu de réflexion, certaines figures mythologiques de l’Histoire. Par exemple, Danika se connaît trois grands-mères, qu’elle revoit toujours en train de tricoter ensemble, des paniers de laines emmêlées à leurs pieds. Ce n’est qu’à la fin du roman que leur ressemblance avec les Parques, ces trois soeurs qui tissaient ensemble les destinées humaines dans la mythologie romaine, m’est apparue. Si vous êtes amateurs de mythologies, la chasse aux clins-d’oeil sera un vrai bonheur dans Hôtel Olympia !
Cependant, Élisabeth Vonarbug ne se contente pas de puiser dans l’Histoire pour son récit : le monde d’Hôtel Olympia repose sur une mécanique complexe, fascinante, où la « magie » (la « prane », dans le roman) et l’humanité s’influencent mutuellement. La révélation progressive de ce système est un des atouts majeurs du roman : on veut en savoir toujours plus !

Comme je le répète encore et encore, Hôtel Olympia est un roman qui ne lâche pas son lecteur, captivé par une histoire sur plusieurs niveaux : c’est d’abord l’histoire de Danika, dont le passé est petit à petit reconstitué. C’est ensuite l’histoire de sa famille et des relations pratiquement claniques au sein de l’hôtel, où meurtres et complots sont monnaie courante. C’est enfin la découverte d’un microcosme dissimulé au sein de l’humanité. A chaque page, le récit s’étoffe pour prendre une dimension véritablement épique lors du dénouement. C’est un roman que ne doivent pas manquer ceux qui aiment se plonger dans un univers riche, original et teinté de mythologies de tous les pays. Une lecture vivement recommandée !

 

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